Le pacifiste qui a armé le monde
"Si j'avais su que les Allemands ne réussiraient pas à développer une bombe atomique, je n'aurais rien fait."
Sa lettre au président Roosevelt a initié le projet Manhattan, modifiant radicalement l'histoire en ouvrant l'ère nucléaire—une puissance qu'il a tenté de freiner le reste de sa vie.
Dans les rues paisibles et verdoyantes de Princeton, on croisait souvent un vieil homme aux cheveux blancs ébouriffés, marchant sans chaussettes en pleine contemplation. Pour le public, il était le symbole vivant du génie humain. Mais dans les couloirs privés de son esprit, il était hanté par le poids d'un seul trait de plume. Le plus grand regret d'Albert Einstein n'était pas une erreur mathématique ou une théorie ratée, mais un choix né d'une terreur absolue.
Durant l'été caniculaire de 1939, alors que l'ombre du Troisième Reich commençait à s'étendre sur l'Europe, Einstein prit une décision fatidique. Encouragé par ses collègues physiciens Leo Szilard et Eugene Wigner, il signa une lettre au président Franklin D. Roosevelt. C'était un avertissement : l'Allemagne nazie pourrait être sur le point de maîtriser l'énergie de l'atome — une puissance qu'Einstein lui-même avait définie avec E=mc². C'était un plaidoyer pour que les États-Unis accélèrent leurs propres recherches avant que l'abîme ne réclame le monde. Cette signature fut le catalyseur du projet Manhattan.
Ironiquement, Einstein ne travailla jamais lui-même sur la bombe ; le gouvernement même qu'il avait alerté lui refusa l'accréditation de sécurité, citant ses penchants pacifistes et ses liens politiques jugés « radicaux ». Pourtant, lorsqu'en 1945 la nouvelle de la dévastation d'Hiroshima et de Nagasaki tomba, il ressentit le fardeau de chaque vie éteinte dans l'éclair de soleils artificiels. « Malheur à moi », aurait-il chuchoté à sa secrétaire. L'homme qui avait passé sa vie à chercher l'harmonie élégante de l'univers avait involontairement fourni la clé de sa destruction potentielle. Il vit ses équations, autrefois destinées à expliquer les étoiles, utilisées pour incinérer des cités.
Sa dernière décennie fut une campagne incessante pour corriger cette trajectoire. Il devint un défenseur infatigable de la paix mondiale, du désarmement nucléaire et de l'établissement d'un gouvernement mondial pour gérer les terreurs qu'il avait aidé à réveiller. Il qualifia ouvertement sa lettre à Roosevelt de « seule grande erreur » de sa vie. Travaillant fiévreusement avec Bertrand Russell, il rédigea le manifeste Russell-Einstein, soulignant la menace existentielle que les armes atomiques faisaient peser sur la survie de l'humanité. Il réalisa que la lumière qu'il avait aidé à apporter avait projeté une ombre qui ne pourrait jamais être totalement effacée.
Einstein s'est éteint une plume à la main, cherchant toujours une théorie du champ unifié qui réconcilierait toutes les forces fondamentales de la nature. Il a laissé derrière lui un monde vivant sous l'ombre permanente de sa « grande erreur », rappelant que même les découvertes les plus brillantes peuvent avoir des conséquences qui hantent leurs créateurs jusqu'à leur dernier souffle. Il est mort non seulement en scientifique, mais en gardien repentant d'un feu qu'il n'avait jamais voulu voir réduit en cendres.
Albert Einstein (14 mars 1879 – 18 avril 1955) était un physicien théoricien d'origine allemande. Il est considéré comme l'un des plus grands scientifiques de l'histoire, célèbre pour la théorie de la relativité.
Né à Ulm, dans le royaume de Wurtemberg.
Publie quatre articles révolutionnaires, dont E=mc².
Reconnaissance mondiale pour ses contributions.
Signe la lettre à FDR, un acte qu'il regrettera plus tard.
Décédé à Princeton, travaillant jusqu'au bout.
Relativité générale (1915) : Une théorie de la gravitation qui reste un pilier de la physique moderne.
Lettre Einstein-Szilard (1939) : Une lettre à FDR avertissant du potentiel nucléaire allemand.
Prix Nobel de physique (1921) : Pour ses services à la physique théorique, et notamment pour sa découverte de la loi de l'effet photoélectrique.
Médaille Copley (1925) : Décernée par la Royal Society pour ses travaux sur la relativité.
Le nom d'Einstein est devenu synonyme de « génie ». Ses travaux ont remodelé notre compréhension de l'univers. Il reste une icône mondiale du pacifisme.
Décédé le 18 avril 1955 à Princeton, New Jersey, d'une rupture d'anévrisme. Il a refusé toute opération : « Je veux partir quand je le veux. C'est de mauvais goût de prolonger la vie artificiellement. »
Chuchoter à travers le temps